AaOo Mise à Jour 12 :  

Mon ami

Luc -

Luc - mon ami

Luc - ami passionnément curieux, émotif, franc, parfois excessif, sarcastique et intransigeant, mais surtout brillant, drôle, imprévisible et charmant

Luc Soriano - poète

Luc Soriano - poète performeur, écrivain, graphiste, bricoleur, critique, éditeur, fondateur et, de bout en bout, pilier essentiel de la revue Sang d'Encre, devenue AaOo

Luc Soriano est - tout cela et bien plus de choses encore

Luc Soriano est - un modèle de vie radicalement tournée vers les mots, les arts, les plaisirs intellectuels, gustatifs et de ces moments simples où les amis partagent leurs joies et leurs pleurs

Luc Soriano est mort -

c'est dur à écrire, c'est dur à admettre, c'est insupportable

j'aurais pu écrire qu'il était décédé, c'eut été plus médical, plus neutre, plus technique, j'aurais pu jouer sur ce mot: décédé, DCD, dès ses dés, répéter "décédé-décédé-décédé-décédé-décédé-décédé" sur un air entêtant, répéter "décédé", répéter "décédé", répéter "décédé" jusque n'en plus pouvoir et d'en perdre le sens

Luc Soriano est mort - il n'est pas parti

d'autres comme Suzanne et Yannick sont partis, aux Amériques, ils nous envoient des notes impressives, des missives à la sixième personne, des nouvelles de belles rencontres mexicaines et depuis peu guatémaltèques, honduriennes

Luc Soriano est mort - mais la revue AaOo ne l'est pas

Luc Soriano est mort - mais nous allons, encore pour un temps, faire comme il a dit, et rassembler nos petites forces, nos petits moyens, nos petits interstices de temps, notre modeste économie, et veiller à accomplir des choses magnifiques dans l'adversité

nous allons faire la Mise à Jour - la Mise à Jour est une idée qui a germé cet automne en discutant avec Luc, l'équipe d'AaOo étant réduite et dispersée, il est impossible de faire une revue comme on l'a fait ces dernières années, avec ses assemblages sensibles de textes et d'images, avec sa mise en page léchée, avec le choix de papiers intérieurs et de couverture, avec les allers-retours chez l'imprimeur, avec les événements de sortie de la revue, les performances, les salons, les festivals, les expositions - mais on peut préparer le travail - la Mise à Jour est là pour cela, elle est légère et dématérialisée, elle utilise le beau site que nous a fait Laurent, et, son numéro 12, celui qui suit le numéro 11 d'AaOo, sera, une fois n'est pas coutume, un numéro thématique, ce sera un hommage à Luc Soriano

DIM

:: Publié le 29-04-2018

Chet Baker

Suzanne Cardinal

:: Publié le 30-01-2018

Limandes

Parler de la mort c'est comme écrire, c'est l'apanage de quelques uns. Ceux qui savent, ou qui l'approchent d'assez près, et qu'on épaule, après. Alors quand la douleur vient, on serait plutôt une sorte de présence, de tentative silencieuse de chaleur contre tout ce froid. Mais si y a pas de présence, alors quoi ? Alors on en revient aux mots, en fin de compte, roses maladroites déposées sur le coin du lit pendant que ton pote fait la sieste. On se rend pas compte, nous, parce qu'ici les choses mettent plus de temps. Tout ! Si t'étais là tu dirais que le temps c'est pas le même, que le temps est étiré, que le temps s'est tiré. Tout en couleur de cochenille écrasée, en bruissement de marché, en odeur d'épines de pins. On sait pas ce que c'est comme toi, mais quelque part dans le monde on est aussi là, accoudés près de la fenêtre, et on t'envoie toute cette vie.

Chose étrange, ici, les bas de portes sont loin du sol, ce qui rend bien plus aisées les pérégrinations mentales à la vision des ombres découpant les larges rectangles que cela crée. Derrière la porte que j'ai en face de moi, il y a ta chambre, celle où tu te trouves allongé, celle où tu fais tourner tes idées du moment, sûrement pas très gaies je suppose. C'est étrange de se sentir capable de dire ça, ce genre de paroles que je ne pourrais pas avouer à d'autres même plus proches, le genre de pensées qu'il faudrait travestir, envelopper ou bien taire. Mais là non, le sentiment de la franchise, celui de mon coeur qui saigne un peu depuis qu'il sait où tu es. Comme le sentiment de savoir que tu ne pourras pas t'en offusquer.

Derrière la porte, celle qui nous sépare stupidement, celle qu'il suffit d'ouvrir en appuyant sur la poignée, parce que oui tu es venu en vacances avec nous, pas tout à fait à la plage m'enfin pas si loin. Parce que t'es là à regarder ces types bouffer leur maïs et pas boire une foutue goutte de rouge, à te dire que ces vacances elles sont pas faites pour toi, que c'est trop loin de la chaleur de lelal'outre qui t'attend sagement à la maison. Et qui c'est qui est trop loin là maintenant ? Qui sait qu'il est trop loin ? Qui c'est qu'est trop loin ? Trop loin après l'océan, trop loin ou qui a pas le bras assez long pour ouvrir cette putain de porte. Trop loin avec les sentiments, trop loin loin pour être plus proche, trop loin quoi. Bon. Mais dans la lumière sous la porte il y a aussi des étoiles, de celles qui vibrent avec la mémoire, qui soutiennent et ravivent. Oui je sais, c'est pas du Tarkos, m'enfin voilà y'a des étoiles et elles me réchauffent un peu, c'est déjà ça, parce qu'au Chiapas il fait pas si chaud en fait et que même si c'était tropical ça jette quand même un froid de te savoir là. Des étoiles de souvenirs, des étoiles du vivant, des étoiles de forêt, de vignes, de montagnes et de noble val, des étoiles à demi-éteintes, des étoiles à demi-pleines, en demi-lune, en prune et en berne, des étoiles alcalines et des étoiles outrées, des étoiles bricoles, des étoiles saxophones, rouges, collantes, rock n' roll et vidéocassettes mais rubalises, c'est important. Dedans et hors cadre, hors contexte, explications, logique, pensée, bonne éducation mais pas sans pertinence. Jamais. Jamais sans. Jamais sans la pertinence, quitte à lui donner un sens plus tard. Des étoiles de cow-boys, les ripoux bien sûr, ceux qui préfèrent la vie à la bonne conduite, des hommes vaches tel minotaure ou bouseux du far west. Penses-tu la légende la gueule qu'elle a. Y'en a un, qu'on appelait Luc, qui disait "hold on !" La suerte, c'est relatif, on le sait, mais l'adage, il vaut le coup. Alors oui, tiens-le, au mieux, au feeling et à l'amour.

Il reste des histoires à raconter, des tambours à faire sonner et des grandes patates à mettre dans la gueule de tout ce petit monde ouvert grand, pour faire briller des mirettes, y foutre des grains de sel. Il reste des images à se remplir la tête, des canettes de babyfoot à toucher, des rêves à crier fort à la barbe du crocheteur de feu, des paperoles à origamiser, des grands A, des petits a, des grands O, des petits o, de l'encre à faire tourner dans le verre des petits riens et des grands chambardements. Des ours alterophiles à bicyclette porteurs de revues, des étendards de mots, des projections de sons ébouriffants, des constellations de danses endiablées, des orangers gorgés de rires, des tapis du papier de l'Arménie brûlante, des portraits de Némésis en corset et de face, des horizons remplis de tympans attentifs pour des broderies poétiques à enfoncer la plus lourde portes de l'imaginaire. Et de celle-ci que je ne peux ouvrir, limité par la réalité, les pensées, elles, n'ont pas à se faire limandes pour te parvenir.

Suzanne Cardinal & Yannick

:: Publié le 29-01-2018

Verre sur fond rouge vert

Anne Gardes

:: Publié le 03-06-2018

“Au bout des phrases il y a euh…”

Luc Soriano écrivain poète

On ne croisera plus Luc Soriano ni dans les rues de Pau où il a grandi, ni dans les rues de Toulouse où il vivait, ni ailleurs. Mais quand un poète meurt il ne disparaît pas complètement, il laisse derrière lui des poèmes à lire ou des enregistrements de performances publiques à voir ou à entendre et ce legs s’adresse à tous ceux qui veulent bien le recueillir. L’héritage n’est pas constitué d’objets de valeur sur lesquels il sera possible de spéculer ou de prétextes à divertissement mais d’ouvrages écrits dont certains fragments sont capables d’infléchir nos regards, de transformer l’ordinaire et de donner un sens, même éphémère, à des moments partagés.

Son dernier recueil de poésie « Ça plairait pas à ma mère" paru aux éditions Tapuscribe s'offre autant au regard qu'à l'oreille et s'il fait écho à plusieurs ambitions, la première est peut-être de faire entendre une voix. Le texte est scandé par un corps en action, par une manière éruptive de dire, étroitement liée au rythme intérieur de celui qui la porte, se manifestant à travers les répétitions, les allitérations, les dérapages sonores et la structure itérative des phrases. Luc Soriano cherche une complicité avec l'oreille des lecteurs : le poète sait qu'il a une voix et en tant que musicien batteur il entend les rythmes. Quelques vidéos visibles en ligne en témoignent.

D’autre part animé par une volonté impertinente et ingénue d'y voir clair, il s’efforce de dire comment fonctionne les choses, le monde animé et inanimé en usant d'un mode d'expression qui lui est propre. Il hésite, se reprend et module sans cesse le langage pour capter des sortes d'instantanés, des opérations de pensée qui sont autant de révélations du monde environnant. Les bégaiements maîtrisés de la conscience, les approximations et les répétitions successives nous placent dans une sorte d'attente, on guette ce qui va sortir de l'engluement dans la langue. Le sens hésite et nous avec. Fantaisie et faiblesse sont assumées dans un même mouvement oratoire qui reconstruit le sens pour lui et pour ceux qui lisent ou écoutent car les artistes n’oeuvrent pas pour eux mais pour nous : « les autres ». Les poètes les plus secrets savent que leurs écrits n’existeront que s’ils sont lus ou entendus et que leur travail solitaire n’est pas assuré de trouver un jour ses destinataires.

Luc Soriano de son vivant n’avait pas trouvé l’audience qu’il méritait et il lui a fallu beaucoup de ténacité pour continuer à écrire jour après jour sans que son travail ne lui rapporte de revenus. C’est aujourd’hui le cas de beaucoup de créateurs dont la plupart ne vivent pas de leur travail devenu en quelque sorte clandestin. Depuis le XIXe siècle, le mythe persistant de l’artiste et de l’écrivain bohème marginal et désintéressé empêche de poser la question des conditions matérielles de leur existence. On ne demande pas à un prêtre, un rabbin ou un imam s’ils vivent de leur activité, car, que l’on soit croyant ou non, on sait que ces personnes sont mues, en principe, par une nécessité, qu’on appelle la vocation et qui est dédiée à leur communauté. Mais pour un artiste, ça ne se passe pas comme ça, on lui pose toujours la question « Et vous arrivez à en vivre ? ». Ce phénomène est relativement récent car depuis la préhistoire, dans toutes les communautés d’hommes, il y a toujours eu des hommes ou des femmes, qui produisaient des images, manipulaient du langage, inventaient de drôles de musiques. Et tout cela parce que la communauté de leurs proches et moins proches en avait besoin. Luc Soriano, comme bien d’autres d’une manière la fois exigeante et modeste, épuisante et généreuse, voulait, coûte que coûte s’adresser à une communauté. Son rayon d’action privilégiait la proximité avec ses lecteurs, avec ceux qui venaient le voir dans des performances, avec ceux qu’il croisait dans les foires de livres ou autres évènements, là où de vrais échanges étaient possibles. Luc Soriano est mort et c'est infiniment triste mais il laisse poèmes à lire et à écouter et bien d 'autres écrits à découvrir.

Monique Larrouture Poueyto - texte également publié au Bel Ordinaire

:: Publié le 02-03-2018

Je suis ta fleur de cactus aux confins du white trash

Je suis ta fleur de cactus aux confins du white trash
celle qui s’ouvre et beugle à la tienne
sur ce pantalon qui n’est jamais tombé
les manches retroussées sur du sang de cochon

encore une variation

Luc Soriano
les fleurs ont quelque chose de toi
c’est la petite qui les a déposées
et je danse tout autour avec les larmes qui sortent de ma bouche

le bal du brame

loin s’en faut
nous étions les plus lyriques de la revue
et cette nuit tu as frappé trois fois dans mon corps avec ta toque
nous étions les plus lyriques
avec les yeux noirs de Virginie

Lise N.

:: Publié le 13-06-2018

Fermé

Anne Gardes

:: Publié le 04-06-2018